Le Renault F1 Team termine la saison par une véritable démonstration de stratégie : performances exceptionnelles et intox au programme. Le contexte :
Lorsque le Renault F1 Team se présente à Shanghai, il dispose de 2 points d'avance sur McLaren au championnat du monde des Constructeurs. Comme l'équipe l'avait prévu, la couronne va donc se jouer lors de la dernière épreuve de la saison. Les deux Renault s'alignent avec un nouveau moteur. Pour l'occasion, ce V10 RS25 neuf qui devra tenir la distance d'une course seulement a fait le plein de vitamines. Le Chef d'Exploitation moteur du Renault F1 Team, Denis Chevrier, explique les avantages du 'spec E' : « Il nous procurait un meilleur package global. Cela signifie que ce n'était pas seulement un moteur plus puissant, mais qu'il nous procurait davantage d'options dans la manière de l'exploiter pendant le week-end. » Chez McLaren, Montoya dispose d'un bloc neuf. Raikkonen, quant à lui, doit utiliser son V10 du Japon.
L'approche stratégique du Renault F1 Team :
Dès son arrivée en Chine, le Renault F1 Team tient à déstabiliser son adversaire : performances véritables dissimulées en essais, changement de stratégie de course par rapport aux derniers Grands Prix, ton volontairement pessimiste dans les communiqués de presse. But : conduire McLaren à sous-estimer la compétitivité réelle de Renault. « Pendant l'été, nous avions réalisé nos premiers arrêts plus tôt que McLaren parce que notre voiture n'était pas assez rapide. », sourit Pat Symonds, « Nos adversaires pensaient que nous allions utiliser cette méthode une fois encore. Cet a priori jouait pour nous. Nous savions en effet qu'eux ne changeraient pas leur approche. »
Round 1 : les essais libres
Pendant la journée du vendredi, Fernando et Giancarlo tournent avec davantage de carburant que d'habitude. Ils terminent la première séance aux 7ème et 16ème places, la deuxième aux 4ème et 7ème positions. « Shanghai est pénalisant lorsqu'on ajoute du carburant : nous avons donc semblé moins rapides que nous n'étions en réalité. », explique Pat Symonds. De plus, le nouveau moteur n'est alors pas utilisé à 100%. Cette situation est, bien entendu, volontaire : Renault veut mettre McLaren en confiance. Les Gris, quant à eux, ne changent rien à leurs habitudes : ils terminent les roulages aux 1ère, 4ème et 6ème, puis 1ère, 3ème et 5ème places. Au soir de la première journée, ils sont optimistes et semblent penser que Renault connaît des problèmes. L'équipe au Losange a d'ailleurs volontairement noirci le tableau dan ses commentaires de fin de journée.
Round 2 : les qualifications
Après avoir noté que les R25 étaient certainement un peu justes en charge aérodynamique le vendredi, l'équipe décide de complètement revoir ses niveaux d'appui pour le lendemain. « Cela nous a aidé à gagner en performance sur un tour et a également donné davantage de confiance aux pilotes. », confie Pat. Fernando et Giancarlo terminent les derniers essais libres derrières les deux McLaren, aux 3ème et 4ème positions. L'équipe peaufine alors sa stratégie et décide de jouer un bon tour à McLaren. « Avant les qualifications, en planifiant les niveaux d'essence à embarquer, nous avons analysé notre performance et nous avons tenté de contenir les McLaren avec des niveaux de carburant comparables. », poursuit Pat, « Nous ne voulions pas être arrogants et aller plus loin qu'elles dans le premier relais, mais nous avons décidé de nous arrêter au même moment. » Les qualifications, disputées avec 100% de la puissance moteur pour la première fois du week-end, tournent à la faveur de Renault : tour fantastique de Fernando (1er), très bon tour de Giancarlo (2ème)... puis petites erreurs pour Raikkonen (3ème) et Montoya (5ème). A la fin de la deuxième journée, Renault dispose donc d'un certain avantage stratégique... d'autant que McLaren semble ne pas se poser de questions. Mieux, ses représentants s'estiment très confiants pour la course : ils pensent pouvoir disputer un premier relais bien plus long que celui des Renault. Le plan échafaudé par Pat Symonds semble fonctionner à merveille.
Le lendemain, les hommes en gris en seraient quittes pour une sacrée surprise...